Lagarde 10-11 août 1914

Le 10 août, le 40eRI, le 58e RI et le 19e RA avec Auguste Lettilleul cantonnent dans la région de Xures.

Les Allemands occupent le village de Lagarde à quelques kilomètres de là. À part quelques rares coups de fusils entre éclaireurs, le secteur est calme. Les consignes de Castelnau, commandant le 15e CA sont d'éviter tout accrochage tant que la concentration n’est pas terminée. Plusieurs patrouilles sont envoyées pour connaître le dispositif ennemi : « L'ennemi occupe le village de La Garde ainsi que la Cote 283 qu'il a organisée défensivement. On aperçoit une tranchée sur le versant ouest de la côte 283. Le fond du ravin qui sépare cette position du mamelon est de Xures présente des éléments de haies, près desquels sont creusés quelques trous de tirailleurs. La route de La Garde à Ommeray est également occupée par de l'infanterie à laquelle se sont adjoints des Hussards et des Chevaux Légers. L'effectif de l'infanterie ne peut pas être fixé d'une façon certaine, le développement des ouvrages permet de supposer qu'il peut être de deux compagnies, L'effectif des cavaliers est incertain, Il n'a pas été aperçu d'artillerie »

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village de Lagarde                                              (coll. Bourgeois-Martelli Monique)

Le commandant du groupe envisage alors de prendre le village de Lagarde. L'assaut aura lieu à 19h15.

À 11h, le 2e bataillon du 40e R.I se déplace vers Parroy et doit attaquer dans la forêt avec Paul Raymond et Gabriel Dao.

À 15h le 3e bataillon du 58e R.I fonce sur  Xures, avec comme objectif d'occuper la cote 283 dominant Lagarde avec Louis Ribaud, Léon Labeaume, Daniel Arnaud, Henri Bonnet et Henri  Goubrin.      

À 16h30, les batteries du 19e RA en position de tir au nord-ouest de Xures, pilonnent le village dont on aperçoit le clocher et la cote 283 au nord-ouest où se trouvent des tranchées ennemies.

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À 19h15, comme prévu, le feu cesse. L'infanterie attaque, enlève sans peine la cote 283 qui semble avoir été évacué et entre dans le village à 21h. Selon toutes apparences les Allemands se sont repliés en hâte. Côté français, aucune perte n'est à déplorer. La manœuvre a réussi. Le commandant informe qu'il a enlevé Lagarde à la baïonnette ! Cette relation provoque une réaction violente, visiblement son initiative n'a pas été appréciée.

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avec l'aimable autorisation de Mistre Maurice (dessin) et 0livier Gaget

À 23h, le 40e et le 58e s’organisent pour défendre le village. La nuit est tranquille. Dès le jour, le café pris, les travaux de défense sont poursuivis.

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(coll Bourgeois-Martelli Monique)

Le 11 août, vers 8h30, un fort détachement ennemi s'avance par le nord-est. Croyant n'avoir affaire qu'à quelques éclaireurs ennemis, la mise en batterie tarde. Aussitôt les premiers obus français tirés, deux batteries du 19e RA sont prises sous le feu d'une artillerie allemande très supérieure en nombre.

Vers 10h, les Bavarois traversent le bois et surgissent à quelques deux cents mètres des canons de 75. les artilleurs français se font tuer sur place défendant héroïquement leurs pièces.   Des canonniers du 19e RA sont les premières victimes  du conflit.

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      Antoine Martin-Laval médecin auxiliaire au 1er bataillon du 58è  rencontre le (14/08/14)  son frére Fernand qui lui est au 3è RI et qui lui demande ce qu'ils ont foutu à Lagarde?

"Indigné, je lui raconte en quelques mots l'histoire de " Lagarde" où nous avions héroïquement, seuls et sans soutien, perdu un bataillon, nous n'avons en effet  personne devant pour nous protéger, personne derrière pour nous renforcer; et ce ne fut que vers la fin du combat, qu'une batterie de 75 (19 RAC avec Letilleul Auguste ) vint se mettre en position et fit du bon travail. Malheureusement, tout le personnel de la batterie fut tué par les allemands qui n'étaient plus qu'à une centaine de mètres des piéces : ce que voyant, le seul survivant de la batterie, un maréchal des logis, fit sauter piéces et caissons et se fit sauter lui même avec le dernier caisson. Et dire qu'avec cela, on osait nous traiter de lâches!...."

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Dans le village, la situation n'est guère meilleure, la position est intenable. Le 40e et le 58e se défendent bravement. Sous un terrible bombardement et sous les rafales de mitrailleuses. Les deux bataillons sont exterminés, Louis Ribaud, Daniel Arnaud, Henri Bonnet et Henri  Goubrin, tombent. Ils sont les premiers « morts pour la France » Vauclusiens

Léon Labeaume  plus heureux s’en tire laissant ses premiers copains sur le sol de Lorraine « libérée ».

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A 10h30, l'enveloppement est inévitable. L'ordre de repli est donné. « Ordre du Général, retrait sur Parroy, au pas, quoi qu'il arrive, il y a assez de pagaille comme ça ».  Jusqu’à 14h c’est un repli sanglant. « La route est couverte de soldats débandés et de voitures d’infanterie qui fuient. »  Les restes des régiments avec Léon  Labeaume reviennent à Serres vers 17h.

Le bilan de cette attaque insensée est de 480 tués dont 259 au 58e,  690 blessés, 928 disparus, 42 officiers et sous officiers hors de combat et 2 batteries d’artillerie perdues alors qu’il fallait éviter les engagements inutiles et que la conquête de Lagarde ne revêtait aucun intérêt stratégique.

On commence déjà à douter de la vaillance des Provençaux : Un lieutenant du 20e C.A déclare:

« Je parle ici au nom du Général Commandant la Division de Cavalerie et déclare que le régiment n'a pas fait ce qu'il devait faire, qu'il a manqué au devoir militaire en ne tenant pas sur ses positions. Que le temps des discours d'Avignon (sic) était terminé et que la seule façon de laver la faute était de se sacrifier ici, que les Provençaux avaient prouvé ce qu'ils étaient ».           Réflexion lourde de conséquences qui aura des répercussions plus tard.

Pendant ce temps, le 111e RI cantonne à Ceintrey et les Toulonnais du 112e R.I à Rosières. Le 3e RI est à Drouville et les Marseillais du 141e RI aux avant-postes à Haraucourt.

Le 12 août, le 111e R.I avec Louis Lagier, Paul Bayle et Léon Mondon intègre la 57e Brigade d’Infanterie à Saffais avec le 112e R.I. Le 23e BCA s'embarque à Nice pour rejoindre le 27e BCA  qui vient d’arriver en Lorraine.  Lors de reconnaissances, les éclaireurs  signalent l’ennemi entre Rechicourt la petite et Coincourt, les artilleurs du 55° RA après une premiere alerte, entendent les bruits de l’affaire malheureuse de Lagarde passer dans les batteries, ils apprennent que les camarades du 19° RA ont subi leurs premieres pertes.

         

Le 13 août, dans la nuit, à Haraucourt, Castelnau, commandant la IIe Armée suivant le plan XVII, donne l’ordre pour le lendemain d’attaquer et d’envahir la Lorraine annexée.

Les objectifs sont fixés : Moncourt pour la 57e B.I (111e et 112e) et le Bois du Haut de la Croix occupé par les Bavarois pour la 58e (3e et 141e).

Le village est entouré de collines boisées favorisant la défense, garnies de réseaux de fils barbelés et de chevaux de frise, des batteries d’artillerie lourde y sont installées.

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                                                      (coll. Bourgeois-Martelli Monique)