Moncourt 14-15 aout 1914

Le 14 août, à 4h, deux colonnes se forment, la 29e D.I. (111e, 112e, 3e et 141e RI) suit l’itinéraire Drouville puis Serres.

A 6h30, tout le 15e CA est rassemblé sur les hauteurs Serres-Valhey. Les restes du 58e avec  Léon Labeaume , Gabriel Dao, Paul Raymon, du 40e et le 24e BCA de louis Carpentras sont en réserve.

A 8h30, la 30e D.I arrive à Serres. La 29e D.I parvient vers midi aux environs de Bures. Elle est arrêtée à la cote 279 entre Réchicourt et Bures aux environs de Coincourt. Les varois de la 29e Division comprennent que le baptême du feu est imminent. C'est dans les dernières heures de l’après midi à la frontière même entre Coincourt et Moncourt qu’ils vont le recevoir.

Le 3e RI avec Henri Martin  à 11h30, reçoit l'ordre d'attaquer le bois du Haut de la Croix que la cavalerie de François a signalé comme fortement occupé par l'ennemi. Brusquement les premiers obus éclatent au-dessus de Coincourt révélant la présence d'une artillerie ennemie assez importante. Les chevaux des hussards sont affolés par les détonations.

    Voici le passage ou Antoine(58°)le frère d'André décrit l'arrivée des troupes le 14 en début d'aprés midi:

  "Quand le régiment eut défilé ( il parle du 3° RI dont fait parti Fernand, le troisième frère), nous aperçûmes dans la plaine, un spectacle grandiose et inoubliable. Des milliers et des milliers de soldats arrivaient de tous côtés en lignes de section et avançaient en s'éparpillant dans la plaine. La route qui nous apparaissait sinueuse et comme un ruban sans fin était occultée à perte de vue par un convoi interminable d'artillerie: c'était tout le XV° Corps qui arrivait. Afin! nous n'étions plus seuls !.... "

Le 3e RI, attaque sur un terrain défavorable, avec quelques meules de foin. Henri Martin  avance par bonds. Les compagnies de tête débouchent du village et sont aussitôt violemment prises à partie par les salves de l'artillerie ennemie. L’assaut mené à découvert et les pantalons rouges des hommes en font des cibles idéales.

14h, l’ordre d’attaquer Moncourt arrive, le 112e fonce droit au but, il est encadré au sud par le 3e RI de Henri et au nord par le 111e de Louis, Paul et Léon qui s’y glisse par un vallon. Ils franchissent la frontière et atteignent le sud-ouest du bois.

A 15h, le 141e attaque vers le cimetière de Coincourt : fusils et mitrailleuses crépitent. 

Lorsque les bataillons d'attaque, au prix de pertes sévères, pendant les 2 heures de l'approche et les 3 heures où ils sont restés sans broncher sous un bombardement des plus violents, parviennent à hauteur et au sud de Moncourt, aux rafales d'artillerie se joint un feu intense d'infanterie et de mitrailleuses. La progression devient de plus en plus lente et coûteuse. L'ennemi caché dans ses tranchées est invisible. Les hommes s’abritent derrière les arbres et dans les fossés qui longent le bois. Celui-ci devient la cible de l'artillerie allemande parce que notre infanterie y a pénétré en masse. C'est un enfer !

Les clairons de la 57e à 18h30 sonnent la charge. Louis, Paul et Léon subissent un feu nourri. Péniblement les premiers éléments du 2e bataillon du 111e atteignent la cote 284 qui domine Moncourt où ils sont criblés par notre artillerie dont le tir est trop court !

À 18h30 le 6e hussard se lance pour reconnaître le bois du Haut de la Croix.

Après deux tentatives infructueuses et sanglantes où Louis Lagier sera « tué à l’ennemi » et Paul bayle sera porté disparu, leurs camarades, pour déboucher du bois à l’ouest, franchissent les haies qui masquent les tranchées allemandes, s’élancent vers le village qui est enlevé en une demi-heure. Ils chassent les mitrailleurs bavarois qui se replient. On est sans nouvelles de Léon . Quand la nuit arrête le combat, les 3e et 141e RI mélangés sont parvenus à 500m environ du bois de Haut de la Croix. Mais l’ennemi s’enfuit et son artillerie se tait. Le soir, les biffins s'inquiètent, les régiments sont à court de munitions, ils comprennent que personne ne les ravitaillera. Les rares habitants de Moncourt jusque là cachés dans leurs caves, apportent quelques provisions.

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La 29e D.I a subi de lourdes pertes sous le feu d'une grosse artillerie habilement défilée. Péniblement elle se reforme.

« Des fantassins ennemis, nul n'en vit en ce jour du 14, pas plus que d'artilleurs.

D'où partaient ces balles qui fauchaient nos rangs ?

Où s'étaient enfouies ces batteries dont les obus creusaient des entonnoirs de huit mètres de largeur et réduisaient en bouillie les malheureux qu'ils atteignaient ? Rien. On ne voyait rien » [1].

Des patrouilles vont à la recherche des nombreux blessés qui se croient abandonnés. Dans l’obscurité, on entend leurs gémissements.

Cette affaire coûte à la 29e D.I, une centaine de tués et plus de 2 200 blessés, le 3e RI et le 111e RI étant particulièrement atteints.

Le 15 août, la pluie commence à tomber et ne cessera pas de plusieurs jours. Léon, Gabriel,  Paul et louis marchent à travers les blés où gisent des victimes du combat qui croyant à une retraite, supplient qu’on les emmène. Les infirmiers du 15e corps les rassemblent dans des replis de terrain, situés non loin des premières lignes, les premiers soins leur sont donnés. 

A Coincourt, ils réquisitionnent des charrettes et de la paille pour transporter les blessés.. C’est le lendemain à l'ambulance n°2 de Coincourt que certains soldats décèdent des suites de leurs blessures.

La 29e D.I est relevée et arrive, sous une pluie torrentielle, à 2h du matin au bivouac à la Ferme Saint-Pancrace, entre Réchicourt et Bures dans la boue. Le 173e  débarque à Jarville.

Le 16 août, la marche en avant de reprend vers le Bois du Haut de la Croix, puis Ommeray, direction Bourdonnay. Les hommes progressent par Mouacourt et Xures. Par suite d’une méprise les troupes du 112e RI qui marchent en avant se fusillent entre elles pendant un ¼ heure !

Les Bataillons de Chasseurs Alpins rattachés à la 29e DI, traversent la frontière, au nord de Lagarde, sur les talons d'un ennemi qui refuse le combat. C'est là que ceux que l’on appellera les diables bleus, louis carpentras et ses camarades,  voient pour la première fois, les terribles traces des combats précédents du 11 août : village dévasté, premières ruines, premiers cadavres, et premières tombes.

La progression continue en Lorraine annexée, l'ennemi restant insaisissable sinon invisible.

Le 17 août, Les Provençaux exténués, se dirigent vers Bourdonnay. A 4h30, ils en repartent pour le château de Marimont. Le 111e R.I Léon Mondon cantonne à Gélucourt. La 30e Division avec le 58e RI de Léon Labeaume envoie ses avant-gardes sur la Seille face à Marsal. 

Le 18 août, la marche est pénible, la pluie continue à tomber, le sol est détrempé, les fantassins s’enfoncent jusqu’aux chevilles dans la boue. Ils arrivent aux abords de Dieuze. Aucune action n’est prévue ce jour-là, les hommes se reposent, s’ils savaient ce qui les attend ! Des avant-gardes de la 29e sont à Zommange.

     Extrait du carnet de route de Roux Joseph ( Sérignan du Comtat 84) éclaireur monté au 11e hussards détaché au 61e régiment d’infanterie:

"14 août

Départ de Courbesseau le matin. Grand rassemblement de troupes et direction sur la frontière. Le soir couché dans les avoines.

15 août

En avant toujours et reçu le baptême du feu par l’artillerie ennemie, le soir arrivé avec la pluie par de mauvais chemin à Moncourt au-delà de la frontière.

16 aout

Départ de Moncourt en patrouille sur le champ de bataille de la veille, visite du Bois de Lacroix y rencontre M. Roussiére et L. Paillon du 58e. Le soir pluie et prise de ferme de Marimont. Assaut à la baïonnette ?

17 août

Alerte à 3 reprises. Contre attaque repoussé et départ de la ferme à travers champs dans les avoines et les blé. A l’aube en avant par Donnelay Juvelize et arrivé à Blanche Eglise. Couché sous la pluie dans les blés tout mouillés sous un arbre.

18 août

Resté dans les champs le soir cantonné à Juvelize".

Carnet de Émile Rocca, du 24 ° bataillon de Chasseurs Alpins de Villefranche.

« On va attaquer, c’est sûr l’adjudant nous l’a dit et on entend le canon…on va devoir y aller ! On avance vers Morhange, Benestroff, Dieuze.

Ça canarde de partout obus, balles des mitrailleuses et déjà des collègues sont tombés ; le sergent brame comme un veau juste à côté de moi et il faut monter la colline d’où les Boches sont en ce moment pour les enlever


[1] La Dépêche, 20 juin 1915, « La véridique histoire du XVe corps ».