_parges

Plan du secteur des Eparges1

Pour vous expliquer le but de mes recherches, je vais vous présenter les dernières heures de deux Vaisonnais appartenant au même régiment, qui ont le triste point commun d’être morts le même jour, au même endroit, le 18 mars 1915, aux Eparges.

Il s’agit de MONIER AUGUSTE né le 04/02/1880 à Vaison, galochier et époux de FIELY LIDIE MARIE.

Il sera incorporé au 58° règiment d’infanterie d’Avignon le 03/8/1914, nommé caporal le 31/11/1914 puis sergent le 12/03/1915, il passera au 132° règiment d’infanterie de Reims le 14/03/1915 et  sera porté disparu le 18/03/1915.

Après la guerre on le déclarera mort ce dit jour2.

Monier_Gustave_Fran_ois_132__RI

   

Ainsi que CHARAVIN LEON ROSSEL né le 13/04/1885 à Vaison, terrassier. Incorporé au 58° règiment d’infanterie d’Avignon le 28/11/1914, il passe au 132°  règiment d’infanterie.

Simple soldat, il sera porté disparu, présumé prisonnier le 18/03/1915.

Décès fixé par jugement le 20/11/19202.

Charavin_L_on_rossel_132__RI

On peut ajouter à ces 2 Vaisonnais et ne figurant pas sur le monument aux morts :

VAILLANT JOSEPH LOUIS né le 01/03/1882 à Vaison.

Incorporé au 58° règiment d’infanterie le 11/08/1914, il passera au 132° règiment d’infanterie le 14/031915.

Mort aux Eparges le 18/03/19152 .

                                                                                                                                                                                                

                                           VAILLANT_Joseph_Louis_132_RI

Un autre fut blessé le lendemain :

ARTILLAN JOSEPH PIERRE MARTIN né le 26/05/1882 à Vaison, mineur.

Incorporé au 58° règiment d’infanterie le 01/12/1914 et passé au 132° règiment d’infanterie le 14/03/1915.

Il sera blessé aux Eparges le 19/03/1915 par éclats d’obus2.

   

Nous sommes en février 1915 dans le secteur des Eparges, à 4 km S-O de Fresnes-en-Woëvre (Meuse 55) .

Il s'agit d' une haute crête longue de I 500 mètres où la 33e division de réserve allemande avait organisé une grande redoute3 bastionnée et entourée de deux lignes de tranchées.

Le 6e corps (général Herr) tenait, dans la vallée, le village des Eparges et, depuis le 9 février, le village de Saint-Remy.

S'il s'emparait de la colline, il menacerait les positions de Von Strantz dans la forêt de la Montagne et, par suite, dans l'angle de Saint-Mihiel. La 12e division avait cheminé à la sape et installé des fourneaux de mine.

Sur ordre de Dubail, l'attaque commence le 17 février. Quatre mines de l 500 kilos sautent; le 106e monte l'arme à la bretelle et enlève la crête; mais le 67e, descendant vers Combres, est pris entre des barrages et, décimé, se replie; l'ennemi contre-attaque à la grenade; le 132e perd son colonel, mais reprend le bois de sapins, clef de la position.

On lutte ainsi, pied à pied, jusqu'au 21.

Les Bavarois ont perdu 2 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, mais Von Strantz a décidé de tenir coûte que coûte; il fait creuser des abris-cavernes ainsi que des galeries boi­sées, à 8 mètres sous terre. Aussi, la 12e divi­sion se heurte-t-elle, du 18 au 20 mars, à des défenses formidables que l'ennemi ne lâche qu'en partie et après une âpre résistance4. 

_parges_18_mars_1915

  Les Eparges le 18/3/1915. Jour de la mort de nos deux  Vaisonnais. 5

Comme vous pouvez le voir sur le plan ci-dessus, le 132° RI, qui attaque, est accompagné par le 106° RI. Ils faisaient tous deux partis du 6° corps d’armées, commandées par le général Herr, 12°division d’infanterie, 24° brigade.

  Aux Eparges, l'attaque est encore confiée à la 12éme division. Celle-ci doit enlever deux bastions à l'Est et à l'Ouest, réunis par une courtine : dans la courtine6 et dans le bastion Est, deux lignes de feu sont superposées, trois lignes de feu dans le bastion Ouest. Ces lignes sont munies d'abris sou­terrains à l'épreuve. C'est une position formi­dable. En avant, nous occupons à l'Ouest une partie du mamelon conquise lors des dernières attaques; A l'Est, une parallèle à 50 mètres des positions ennemies. L'attaque est menée par deux bataillons du 132°régiment d'infanterie sur la cour­tine et le bastion Ouest, et par un bataillon du même régiment sur le bastion Est. 

Deux bataillons du 54° RI et un bataillon du 302° RI sont en réserve.

La préparation d'artillerie a lieu le 18 mars et dure une heure environ; l'attaque d'infanterie se déclenche à  16h10.

La première ligne occupée par nous, sauf à droite: mais la seconde ligne, trop proche de la première pour être tenue sous le feu de nos canons, se garnit de défenseurs dont le tir arrête notre progression. Nous sommes con­traints d'engager le bataillon du 302° régiment d'infanterie, sans pouvoir augmenter nos gains.

C’est dans cette attaque échouée que nos deux braves, sont « morts au champ d’honneur », comme ils disent !

Le 19, après avoir brisé deux contre-attaques ennemies, nous reprenons à 16 heures l'assaut de la deuxième ligne.

Un violent barrage d'artillerie lourde nous arrête et nous inflige des pertes sé­rieuses.

Le jour suivant, nous faisons quelques légers progrès et nous maîtrisons toutes les réactions allemandes.

Alors, la situation reste sta­tionnaire aux Eparges jusqu'au 27 mars.

Le 6°Corps avait perdu, dans ces cinq jours de combats, 7 officiers et 630 hommes.7

Ce fameux 106° RI est connu pour avoir eu sous son drapeau de grands écrivains tels que Fribourg, Lemercier et celui qui nous intéresse ici : Maurice Genevoix.

Il était lieutenant à la 7° compagnie du 106°, il a bien connu ces jours difficiles aux Eparges avec son régiment frère ( le 132° RI). Il a écrit ses souvenirs dans 4 livres :  sous Verdun, nuit de guerre, la boue, les Eparges.

Ils ont été condensés en un seul livre :  « Ceux de 14 » que je vous recommande.

C’est le dernier livre (les Eparges) qui nous intéresse à la date du 18 mars 1915, il écrit:

  « Longtemps nous avons erré, cherchant une issue, pour chasser par le même malaise, la même

déprimante sensation d'être épiés de trop près, suivis entre les branches par des canons des fusils prêts à tuer.

Nous avons fait un très long détour, presque jusqu'au seuil de la plaine, et nous sommes revenus par la lisière nord du bois. Dans un pli de terrain, au soleil, un bataillon du 132 attendait massé, sacs à terre et fusils sur les sacs: le bataillon d'assaut. Nous l'avons traversé, d'un homme à l'autre ; les hommes nous ont semblé innombrables. C'est l'après-midi qu'ils ont attaqué. Nous ne les avons pas vus, entassés que nous étions dans les guitounes aux toits de branches, blottis contre le talus pendant l'énorme bombardement. Toute la colline tressautait de secousses profondes; le Montgirmont, en face de nous, vomissait des fumées boueuses; et de grosses mar­mites s'écrasaient sur les Hures, arrachant des sapins entiers qui tournoyaient avant de s'abattre.

Surtout nous entendions, à chaque seconde, des vols d'obus passer par-dessus nous, aigres, coupants, mauvais; ils frappaient dans le fond du ravin, si raide que les éclats revenaient siffler jusqu'à nous: ce n'étaient pas de gros obus, mais nous sentions en eux une telle force meurtrière que nous baissions la tête chaque fois que leur vol tranchait l'air.

- Des 88 autrichiens, disait le capitaine Frick. »8

_parges_f_vrier_1915

les Eparges, en février 1915- une tranchée devant le point C 9

    Sur le monument aux morts de Vaison la Romaine, ils sont 112 comme CHARAVIN Rossel, Léon

et MONIER, Gustave, François.  Morts pour que ce soit la « der des der »

Le second conflit mondial allait réduire à néant leurs cinq ans de sacrifice dans la boue, le froid, les blessures.

Je vous ai présenté ici un petit bout de mes recherches qui s’annoncent longues et passionnantes.

J’ai écris cet article dans le but de vous demander de l‘aide à vous les familles qui avez gardé chez vous les souvenirs de ces années difficiles et qu’avec vous et pour vous je puisse écrire  un livre pour lutter contre l’oubli.

notes:

1. Archives de la ville de Vaison la Romaine et  Archives départementale de Vaucluse.

2. Plan du secteur des Eparges. l’Illustration.1915  

3. redoute : ouvrage de fortification, complètement fermé et ne présentant pas d’angles rentrants

(si l’ouvrage présente des angles rentrants, c’est un fort) dictionnaire de la langue française.

Par Emile LITTRE . Librairie Hachette. 1882

4. Histoire illustrée de la guerre 1914. de Gabriel Hanotaux de l’Académie Française. Edition française illustrée, Paris. 1922  vol 13. p.213

5. Histoire illustrée de la guerre 1914. de Gabriel Hanotaux de l’Académie Française. Edition française illustrée, Paris. 1922  vol 13. p.212

6. Courtine, Terme de fortification. Front de la muraille d’une place entre deux bastions. Dictionnaire de la langue Française. Par Emile LITTRE . Librairie Hachette. 1882

7. La grande guerre vécue - racontée - illustrée  par les combattants. Librairie Aristide Quillet 1922. vol 1 p.183 

8. Ceux de 1914,  Maurice Genevoix. Edition Point  1984. p.630

9.  Verdun Argonne Metz 1914-1918. Guides illustrés Michelin des champs de bataille propriétaires-éditeurs, Clermont-Ferrand.1928 p.130