j'ai reçu il y a quelques temps un message de Monsieur Girard René, pour me demander des infos sur son grand-oncle Girard Ulysse S/lieutenant au 240° RI. Suite à notre conversation téléphonique je lui ai proposé de rédiger un petit texte sur son aïeul.

_Ulyse_Girard_004Ulysse GIRARD est né le 04 Août 1890 à Salles-sous-Bois dans la Drôme.(Ici dans la tenue d'un sous lieutenant du 40°RI de Nîmes)

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Brillant élève à l'Ecole Normale d'instituteurs d'Avignon, il part, son diplôme d'instit en poche, rejoindre sa tante en Angleterre où elle est mère supérieure dans un couvent.

Il reste une année afin de parfaire son anglais et, au passage, décroche le titre de champion d'Angleterre de natation.

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Revenu en France, il s'engage dans le bataillon de Joinville (voir photo de Juillet 1912). Puis il part en Allemagne et va étudier l'allemand dans la célèbre université d'Heidelberg. Il est un des premiers à être appelé pour aller combattre l'Allemand en août 1914. Ma mère se rappelle très bien du jour où, attablés au café de son père sur la place de Grillon, en compagnie de son oncle  Gaston de Richaud, tous les deux boiront leur dernier verre à Grillon et rejoignant le car pour Avignon, tous les deux sont partis la fleur au fusil en disant d'une même voix : on les aura les boches !


Gaston de Richaud sera tué le  17 Octobre 1914 à Bailly dans l'Oise.
Parlant couramment allemand, Ulysse était chargé de débusquer les français d'Alsace et de Lorraine qui passèrent à l'ennemi. Triste tâche que de poursuivre des compatriotes ... La fin de sa vie est très bien racontée dans le livre de Charles Terrin : " les cigales dans la mêlée "
( livre rare que je recherche toujours sur internet ).

Citons quelques phrases de ce livre :  Girard aime le bruit. Sa puissante vitalité réclame l'air et la lumière. Toujours en bicyclette dans la rue il nous précède ou décrit des cercles autour de nous ... Il est fier de ses biceps, bien campé sur des jambes nerveuses, il mène de front l'amour et la guerre : c'est un fier luron comtadin. Instituteur distingué, il mérite une place à part dans le martyrologe de l'Université. Pauvre Girard ! Rappelé par la guerre à la veille de se marier, il se promet de parcourir en voyage de noces, après la victoire, les champs où nous nous serons battus. Et demain, il sera tué au premier combat après avoir fait preuve d'une bravoure exceptionnelle.

BAUMES, l'officier d'approvisionnement dira de lui : quel dommage ! Un Provençal pur sang, grand, sec, élancé, le poil brillant, bistré, l'oeil rieur sur le hâle du visage, un de ces jeunes chevriers agiles comme on en trouve chez Daudet, Virgile ou Paul Arène, Valmajour avec la distinction en plus, le geste vif... Ulysse répondant de la réputation de son régiment déclara : tant mieux, car il me semble que je ferai bonne chasse ! J'éventrerai ces insolents, je les percerai d'outre en outre, je les pourfendrai à la façon de mon illustre ancêtre : Girard de Vienne... je les assommerai avec leurs propres cadavres et je les noierai dans quelque torrent. Nous rions de bon coeur. L'exagération de Girard nous amuse... Nous rions de  sa bonne humeur...

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Le sous-Lieutenant Girard du 240° Régiment d'Infanterie ne tiendra pas longtemps contre l'ennemi et pour cause ! L'année dernière, en Septembre 2007, je me suis rendu à l'endroit exact où il a été tué : au sommet d'une route toute droite pendant au moins un kilomètre donc très visible par l'ennemi. Il avait reçu l'ordre de tenir coûte que coûte : le boche ne doit pas passer ... Il a organisé une barricade au milieu de la route où, lui-même, a pris les commandes de la mitrailleuse comme si les autres n'étaient pas capables ! Ce n'était pas son rôle, surtout en tant qu'officier et surtout la veille de son mariage ! Mais il était de la race des preux, ceux qui n'ont peur de rien, ceux qui ont sauvé le Dauphin au prise avec un ours énorme, le fils de Charles VII ... Sa maman Sabine de Richaud de son nom de jeune fille est la descendante des bûcherons de la vallée de Quint qui ont sauvé le fils du Roi et dont la famille a été anoblie mais cela, c'est une autre histoire ...
Je joins à ce document une carte postale du cimetière militaire de Buzy (Meuse) qui venait fraîchement d'être ouvert ... Aujourd'hui, Dieu merci, il n'a plus le même aspect, il est en parfait état d'entretien, digne de nos pauvres poilus. Je joins également la photo de Marie-Thérèse, la fiancée d'Ulysse dont je ne connais pas le nom de
famille ni le nom d'origine de son village ou de sa ville natale.

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J'aurais aimé, à 75 ans , avant de mourir, de faire la connaissance de sa descendance qui ne peut être que merveilleuse ... Je lance donc un appel à ceux et celles qui reconnaitront cette photo. Merci d'avance.

René Girard

PS: Si un des lecteurs avait le livre "les cigales dans la mêlée" nous serions ravis René et moi de pouvoir le consulter.