17 juillet 2006
les Eparges le 18/05/15.
Plan du secteur des Eparges1
Pour vous expliquer le but de mes recherches, je vais vous présenter les dernières heures de deux Vaisonnais appartenant au même régiment, qui ont le triste point commun d’être morts le même jour, au même endroit, le 18 mars 1915, aux Eparges.
Il s’agit de MONIER AUGUSTE né le 04/02/1880 à Vaison, galochier et époux de FIELY LIDIE MARIE.
Il sera incorporé au 58° règiment d’infanterie d’Avignon le 03/8/1914, nommé caporal le 31/11/1914 puis sergent le 12/03/1915, il passera au 132° règiment d’infanterie de Reims le 14/03/1915 et sera porté disparu le 18/03/1915.
Après la guerre on le déclarera mort ce dit jour2.
Ainsi que CHARAVIN LEON ROSSEL né le 13/04/1885 à Vaison, terrassier. Incorporé au 58° règiment d’infanterie d’Avignon le 28/11/1914, il passe au 132° règiment d’infanterie.
Simple soldat, il sera porté disparu, présumé prisonnier le 18/03/1915.
Décès fixé par jugement le 20/11/19202.
On peut ajouter à ces 2 Vaisonnais et ne figurant pas sur le monument aux morts :
VAILLANT JOSEPH LOUIS né le 01/03/1882 à Vaison.
Incorporé au 58° règiment d’infanterie le 11/08/1914, il passera au 132° règiment d’infanterie le 14/031915.
Mort aux Eparges le 18/03/19152 .
Un autre fut blessé le lendemain :
ARTILLAN JOSEPH PIERRE MARTIN né le 26/05/1882 à Vaison, mineur.
Incorporé au 58° règiment d’infanterie le 01/12/1914 et passé au 132° règiment d’infanterie le 14/03/1915.
Il sera blessé aux Eparges le 19/03/1915 par éclats d’obus2.
Nous sommes en février 1915 dans le secteur des Eparges, à 4 km S-O de Fresnes-en-Woëvre (Meuse 55) .
Il s'agit d' une haute crête longue de I 500 mètres où la 33e division de réserve allemande avait organisé une grande redoute3 bastionnée et entourée de deux lignes de tranchées.
Le 6e corps (général Herr) tenait, dans la vallée, le village des Eparges et, depuis le 9 février, le village de Saint-Remy.
S'il s'emparait de la colline, il menacerait les positions de Von Strantz dans la forêt de la Montagne et, par suite, dans l'angle de Saint-Mihiel. La 12e division avait cheminé à la sape et installé des fourneaux de mine.
Sur ordre de Dubail, l'attaque commence le 17 février. Quatre mines de l 500 kilos sautent; le 106e monte l'arme à la bretelle et enlève la crête; mais le 67e, descendant vers Combres, est pris entre des barrages et, décimé, se replie; l'ennemi contre-attaque à la grenade; le 132e perd son colonel, mais reprend le bois de sapins, clef de la position.
On lutte ainsi, pied à pied, jusqu'au 21.
Les Bavarois ont perdu 2 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, mais Von Strantz a décidé de tenir coûte que coûte; il fait creuser des abris-cavernes ainsi que des galeries boisées, à 8 mètres sous terre. Aussi, la 12e division se heurte-t-elle, du 18 au 20 mars, à des défenses formidables que l'ennemi ne lâche qu'en partie et après une âpre résistance4.
Les Eparges le 18/3/1915. Jour de la mort de nos deux Vaisonnais. 5
Comme vous pouvez le voir sur le plan ci-dessus, le 132° RI, qui attaque, est accompagné par le 106° RI. Ils faisaient tous deux partis du 6° corps d’armées, commandées par le général Herr, 12°division d’infanterie, 24° brigade.
Aux Eparges, l'attaque est encore confiée à la 12éme division. Celle-ci doit enlever deux bastions à l'Est et à l'Ouest, réunis par une courtine : dans la courtine6 et dans le bastion Est, deux lignes de feu sont superposées, trois lignes de feu dans le bastion Ouest. Ces lignes sont munies d'abris souterrains à l'épreuve. C'est une position formidable. En avant, nous occupons à l'Ouest une partie du mamelon conquise lors des dernières attaques; A l'Est, une parallèle à 50 mètres des positions ennemies. L'attaque est menée par deux bataillons du 132°régiment d'infanterie sur la courtine et le bastion Ouest, et par un bataillon du même régiment sur le bastion Est.
Deux bataillons du 54° RI et un bataillon du 302° RI sont en réserve.
La préparation d'artillerie a lieu le 18 mars et dure une heure environ; l'attaque d'infanterie se déclenche à 16h10.
La première ligne occupée par nous, sauf à droite: mais la seconde ligne, trop proche de la première pour être tenue sous le feu de nos canons, se garnit de défenseurs dont le tir arrête notre progression. Nous sommes contraints d'engager le bataillon du 302° régiment d'infanterie, sans pouvoir augmenter nos gains.
C’est dans cette attaque échouée que nos deux braves, sont « morts au champ d’honneur », comme ils disent !
Le 19, après avoir brisé deux contre-attaques ennemies, nous reprenons à 16 heures l'assaut de la deuxième ligne.
Un violent barrage d'artillerie lourde nous arrête et nous inflige des pertes sérieuses.
Le jour suivant, nous faisons quelques légers progrès et nous maîtrisons toutes les réactions allemandes.
Alors, la situation reste stationnaire aux Eparges jusqu'au 27 mars.
Le 6°Corps avait perdu, dans ces cinq jours de combats, 7 officiers et 630 hommes.7
Ce fameux 106° RI est connu pour avoir eu sous son drapeau de grands écrivains tels que Fribourg, Lemercier et celui qui nous intéresse ici : Maurice Genevoix.
Il était lieutenant à la 7° compagnie du 106°, il a bien connu ces jours difficiles aux Eparges avec son régiment frère ( le 132° RI). Il a écrit ses souvenirs dans 4 livres : sous Verdun, nuit de guerre, la boue, les Eparges.
Ils ont été condensés en un seul livre : « Ceux de 14 » que je vous recommande.
C’est le dernier livre (les Eparges) qui nous intéresse à la date du 18 mars 1915, il écrit:
« Longtemps nous avons erré, cherchant une issue, pour chasser par le même malaise, la même
déprimante sensation d'être épiés de trop près, suivis entre les branches par des canons des fusils prêts à tuer.
Nous avons fait un très long détour, presque jusqu'au seuil de la plaine, et nous sommes revenus par la lisière nord du bois. Dans un pli de terrain, au soleil, un bataillon du 132 attendait massé, sacs à terre et fusils sur les sacs: le bataillon d'assaut. Nous l'avons traversé, d'un homme à l'autre ; les hommes nous ont semblé innombrables. C'est l'après-midi qu'ils ont attaqué. Nous ne les avons pas vus, entassés que nous étions dans les guitounes aux toits de branches, blottis contre le talus pendant l'énorme bombardement. Toute la colline tressautait de secousses profondes; le Montgirmont, en face de nous, vomissait des fumées boueuses; et de grosses marmites s'écrasaient sur les Hures, arrachant des sapins entiers qui tournoyaient avant de s'abattre.
Surtout nous entendions, à chaque seconde, des vols d'obus passer par-dessus nous, aigres, coupants, mauvais; ils frappaient dans le fond du ravin, si raide que les éclats revenaient siffler jusqu'à nous: ce n'étaient pas de gros obus, mais nous sentions en eux une telle force meurtrière que nous baissions la tête chaque fois que leur vol tranchait l'air.
- Des 88 autrichiens, disait le capitaine Frick. »8
les Eparges, en février 1915- une tranchée devant le point C 9
Sur le monument aux morts de Vaison la Romaine, ils sont 112 comme CHARAVIN Rossel, Léon
et MONIER, Gustave, François. Morts pour que ce soit la « der des der »
Le second conflit mondial allait réduire à néant leurs cinq ans de sacrifice dans la boue, le froid, les blessures.
Je vous ai présenté ici un petit bout de mes recherches qui s’annoncent longues et passionnantes.
J’ai écris cet article dans le but de vous demander de l‘aide à vous les familles qui avez gardé chez vous les souvenirs de ces années difficiles et qu’avec vous et pour vous je puisse écrire un livre pour lutter contre l’oubli.
notes:
1. Archives de la ville de Vaison la Romaine et Archives départementale de Vaucluse.
2. Plan du secteur des Eparges. l’Illustration.1915
3. redoute : ouvrage de fortification, complètement fermé et ne présentant pas d’angles rentrants
(si l’ouvrage présente des angles rentrants, c’est un fort) dictionnaire de la langue française.
Par Emile LITTRE . Librairie Hachette. 1882
4. Histoire illustrée de la guerre 1914. de Gabriel Hanotaux de l’Académie Française. Edition française illustrée, Paris. 1922 vol 13. p.213
5. Histoire illustrée de la guerre 1914. de Gabriel Hanotaux de l’Académie Française. Edition française illustrée, Paris. 1922 vol 13. p.212
6. Courtine, Terme de fortification. Front de la muraille d’une place entre deux bastions. Dictionnaire de la langue Française. Par Emile LITTRE . Librairie Hachette. 1882
7. La grande guerre vécue - racontée - illustrée par les combattants. Librairie Aristide Quillet 1922. vol 1 p.183
8. Ceux de 1914, Maurice Genevoix. Edition Point 1984. p.630
9. Verdun Argonne Metz 1914-1918. Guides illustrés Michelin des champs de bataille propriétaires-éditeurs, Clermont-Ferrand.1928 p.130
02 juillet 2006
Dieuze 19-20 août 1914
Dieuze 19-20 août 1914
Le 19 août, à 4h du matin, la 29e DI traverse Dieuze et s’achemine vers Bidestroff dans une région occupée depuis 1870 (44 ans déjà), organisée, jalonnée et signalisée pour l’artillerie ennemie. Pourtant informé, Castelnau avise ses divisions « qu’elles n’avaient rien devant elles». C’est le traquenard !
A 9h, le bombardement commence. La 30e DI s’avance vers Bourgaltroff dans la plaine bordée de collines où les Allemands sont retranchés, sous un feu d'artillerie très violent et très bien réglé.
Pendant dix heures, c’est une pluie de fer qui succède au déluge des jours précédents.
Le 58e RI avec Léon labeaume reçoit l’ordre de se porter au nord de la forêt de Bride-Koeking. Débouchant à découvert, il se lance à l’attaque et se trouve aux prises avec des forces ennemies venant de Lidrezing. Sa progression est interrompue à Saint Médard.
Léon et ses camarades s’effondrent, n’ayant que leurs poitrines et leurs fusils à opposer aux artilleurs Allemands.
1150 hommes du 58e RI sont mis hors de combat.
Dieuze en 1914 Coll.Bourgeois-Martelli Monique
Deux bataillons du 55e et les 40e et 61e RI traversent Dieuze en direction de Vergaville, au nord-est. La progression commence sous un feu meurtrier.
Le 1° bataillon du 55e RI est désigné pour se rendre dans la forêt de Koeking au carrefour des routes Kerprich-Lidrequin et la route forestière. Il s'installe à Guénestroff et doit chercher la liaison avec le 20° Corps qui opère au nord de la forêt. Le 173e RI arrive en réserve à Dieuze.
La 29e marche sur Vergaville où une courte résistance ennemie se produit. Le 23e BCA attaque le village par le sud-est. La résistance brisée, la progression continue au nord. Le 3e RI de Martin henri est en réserve de Division. La fusillade fait rage en avant.
Le 141e se rassemble à 1200 m au nord-est de Dieuze, entre la route de Vergaville et le ruisseau de Verbach (7h30). A 10h, il reçoit l'ordre d'attaquer par le sud le village de Bidestroff.
A 10h, le 111e R.I ayant pour objectif la côte 230 au nord du moulin de Bidestroff, longe le ruisseau de Verbach au nord du canal des salines. Sous le bombardement, Mondon Léon se plaque au sol, formant la tortue, son barda sur la tête pour se protéger des marmites puis bondit en avant.
A midi, le 112e R.I et le 141e enlèvent Bidestroff en passant par la ferme Steinbach. Le 111e R.I s’en va occuper la ferme Wolfert, à droite avec Léon .
Pendant tout l'après-midi, les troupes, avec une ténacité remarquable, progressent lentement repoussant l'infanterie allemande. Mais elles sont écrasées par l'artillerie ennemie, dont les canons et les obusiers battent toute la plaine. Sous cette grêle à Bidestroff.
Après avoir cheminé lentement toute la journée au pied des pentes sous un feu meurtrier réglé par un avion, Martin henri se trouve le soir derrière un talus à 500m environ au N-E du moulin de Bidestroff. La nuit se passe à aménager cette très mauvaise position.
Vers 21h, les Allemands attaquent Bidestroff, où sont retranchés le 112e et le 141e. Ils résistent toute la nuit, sous un feu incessant.
Vu du champs de bataille de Dieuze, forêt de Bride, Koeking ou ce déroule la suite des événements (photo 2003)
Le 20 août, encouragée par un brouillard qui règne sur tout le champ de bataille, débute la grande contre-attaque allemande. « [1]A 5 heures et demie du matin, l’ordre est donné d’attaquer les positions françaises à l’ouest de Dieuze. Les Français avaient une position avancée dans les bois de Monack au nord-ouest de Vergaville. En dépit des obstacles (l’avoine très haute en était un dans les champs), nos mitrailleuses eurent bientôt raison de ces résistances. L’attaque à la baïonnette fut ordonnée contre I’aile droite. Les Français durent regagner leurs positions principales d’où leur artillerie tâchait de nous arrêter, mais en vain. Nous avancions toujours. Les champs jonchés de cadavres français montrent l’acharnement de la lutte. Notre artillerie prit I’ennemi sous ses feux. A gauche, les Français se replient sur Dieuze. Le chemin de Vergaville à Guebling était jonché de pantalons rouges. »
Dès la pointe du jour, la fusillade et la canonnade recommencent. Dans les années 20, les survivants qualifieront ce vécu, d’holocauste.
Des vides énormes se creusent dans les rangs, l'élan est brisé. Reformées, les vagues s'élancent à nouveau. En vain. le barrage précis et serré fauche les lignes de tirailleurs.
À 6h du matin, des éléments d'abord clairsemés puis de plus en plus nombreux commencent à refluer du bois de Monacker. Le 2° bataillon du 55e est anéanti.. Le 3° bataillon de son côté, se replie à Vergaville avec le 6e BCA, les 40e et 61eRI.
Depuis 5h45, la gauche du XV° Corps est attaquée, elle aussi au nord-ouest de Kerprich Un bataillon du 173° a été envoyé dans la forêt pour couvrir la gauche de la 30e DI mais le 55e n'est pas au courant. Il devait en résulter un incident regrettable.
Les Allemands progressent dans la forêt de Bride où la liaison avec le 20° Corps est mal assurée par ce bataillon du 173°, et qui, à la suite d'un ordre mal compris, s'est replié vers le Sud et a découvert la 59e brigade.
La 30e division résiste jusqu'à 10h, alors lui parvient l'ordre de se replier. C'est à ce moment que se produit un fait, sujet à caution.
« Une méprise affreuse compromit le mouvement de nos éléments de gauche »[2]. Une fusillade plus intense encore éclate dans la forêt, les hommes du 55° R.I. et du 173° R.I. tombent au nord de Kerprich. Un mouvement de panique se produit dans les rangs du 173e de Corse et du 55e RI d’Aix/Privas.
Des hommes presque tous sans sac et sans fusil, suivis bientôt d'autres ayant encore leurs armes et leurs équipements dévalent de la forêt et se dirigent à toute vitesse sur Kerprich.
Des officiers, se précipitent au moulin de Kerprich pour arrêter ces fuyards qui racontent que les Allemands les ont entourés dans le bois, qu'on leur a tiré dans le dos ! Y a t’il eu une confusion dans la forêt ? Des échanges de coups de feu avec le 55e ?
C'est dans cette situation grave, vers midi, que ce qui a pu être récupéré du 55° reçoit l'ordre de se porter à Blanche-Eglise.
Le 23e B.C.A. qui est en pointe au nord de Bidestroff est décimé par le feu, les chasseurs se font tuer, Pressé par un ennemi supérieur en nombre, le bataillon doit se retirer sur Dieuze en combattant. L’infanterie bavaroise déferle par vagues énormes sur les positions françaises.
« [3]Bientôt, pendant que le soleil se levait, nous eûmes une vision qu’il vaut vraiment la peine d’évoquer. Environ à 800 mètres de nous se profilait une crête. A cette crête apparurent d’abord les patrouilleurs, puis les unités ennemies qui, brusquement, se déployaient lorsqu’elles arrivaient à la ligne de faîte. On voyait les fantassins grisâtres se porter en courant vers la droite et vers la gauche, et dégringoler la pente au plus vite pour aller chercher un abri dans un chemin creux, en progressant droit sur nous. »
Le 141e se maintient péniblement sur la position Bidestroff-cote 230 où il avait passé la nuit. A 4h50, Pris à partie par un feu violent d'artillerie, combiné avec un mouvement offensif de l'infanterie allemande, Les fractions du 141e commencent à battre en retraite. Vers 8h, l'ennemi à droite franchit le canal des Salines. Presque tout un bataillon est fait prisonnier. Le reste du 141e, qui s'est maintenu dans Bidestroff avec des éléments de la 57e brigade, abandonne lui aussi la position vers 9h. À 10 heures, l’ordre de repli est donné !
« [4]C’est alors que commence l’attaque la plus violente qui soit ; le 15e Corps, déclenché tout entier, avance malgré les canons, les mitrailleuses et les mausers, Les hommes ayant de l’eau et de la boue jusqu’à la ceinture, beaucoup se sont noyés en cet endroit. Vers 10 heures du matin, la situation, qui semblait nous sourire jusque-là, est singulièrement changée ; le canon ennemi crache à 3 300 mètres seulement et nous n’avons aucun abri alors que l’armée boche est solidement retranchée sur des hauteurs constituant des points stratégiques admirables. Vers 11 heures, les bataillons de chasseurs qui donnaient I’assaut commencent à fléchir avec d’effroyables pertes. Ordre est donné de se replier sur Dieuze ; alors commence une retraite sur l’arrière sous les 210 allemands, les mitrailleuses de l’infanterie, cependant que, la rage au cœur, des clairons sonnent encore la charge. »
Cette matinée, la 29e DI dont le 112e RI s’en acquittera au prix d’un lourd tribut. Les hommes succombent à Bidestroff, après avoir partagé avec ses autres , seize jours d’une campagne guerrière dantesque et inimaginable.
Martin henri assiste au reflux des chasseurs alpins, puis bientôt des fractions du 112e RI. Le 3e RI reçoit l'ordre de battre à son tour en retraite par échelons. A ce moment, l'ennemi est déjà si près, que les mitrailleuses ouvrent le feu. Les homme sont fauché, henri tombe mortellement touché les rafales de mitrailleuses. Commencé en bon ordre, le mouvement de repli se précipite. Dans l'eau jusqu'au cou, parfois à la nage, le ruisseau et le canal des Salines sont franchis, certains se noient.
Le 141e, dispersé, se retire par la route de Dieuze et les hauteurs de Lindre-Haute« Nous[5] errâmes longtemps dans Dieuze avec mon camarade, à la recherche du bataillon. Mais, quand nous le retrouvâmes, il errait encore plus que nous. Il faut reconnaître qu’un sublime désordre régnait dans la petite ville lorraine : fantassins, artilleurs traînant leurs encombrants caissons, trains de combat, et trains régimentaires, brillantes automobiles de nos brillants états-majors, tout cela se rencontrait, se croisait, ne sachant trop que faire ni où aller. Cela sentait sinon la retraite, du moins un repli précipité.»
En position sur 2km Bidestroff-Wolfert, le 111e RI Léon Mondon ne reçoit pas l’ordre de repli puisque ses agents de liaison envoyés aux nouvelles ne sont pas revenus. Cernés par l’ennemi, peu d’hommes réussissent à s’enfuir. Ce jour là, dans cette région, lors de ce combat Léon tombent « morts pour la France » C’est ainsi que 1200 soldats de la 29e DI manquèrent à l’appel.
Après 3/4h de résistance, les débris du régiment se retirent du côté de Zommange qui est violemment bombardé par l’artillerie ennemie puis par l’artillerie française. Le 24e BCA tente de résister, une vive fusillade arrête la progression et les pertes sont de plus de 600 tués, blessés et disparus, Carpentras Louis est sacrifié. Ces hommes, à bout de force, retrouvant en chemin des fantassins égarés, se replient au sud de l’étang par Assenoncourt et Gélucourt. Toute la plaine de Dieuze est soumise à un feu formidable d'artillerie, d'infanterie et de mitrailleuses de l'ennemi qui est déjà au moulin de Bidestroff. Le 112e R.I reflue par le nord de l’étang de Lindre, lieu où, en d’autres circonstances, nichent les cigognes.
Les 23e et 27e BCA reformés rapidement vers midi, reçoivent l'ordre de se porter à Gélucourt, pour protéger le mouvement de repli de la Division et l'écoulement des convois et de l'artillerie du Corps d'Armée.
Un mamelon dominant au nord le village et masquant, vers le sud, la vue de la plaine à travers laquelle se retirent les troupes, est hâtivement organisé par les deux bataillons qui s'y accrochent jusqu'au soir. Le sacrifice de ces hommes, parmi lesquels il y aura de nombreux tués, permet la retraite du 15e CA. Bien avant la nuit, la plaine est libre, les convois se sont tous écoulés. Le reste de l'héroïque détachement bat en retraite à la nuit tombée.
A la ferme de l'Ormange vers 20h, arrive l’ordre de continuer le repli vers le sud-ouest. Le 15e Corps arrive à Arracourt à 3h du matin.
Espinasse, commandant le 15e corps, recense les pertes de ces deux jours, il a perdu 9 800 hommes et 180 officiers. Les effectifs rassemblés permettent la reconstitution d’un bataillon aux 40e, 58e et 111e et deux aux 3e, 55e, 61e, 112e et 141e. Chez les chasseurs, il ne reste que 1200 hommes au 6e, 350 au 23e, 1300 au 24e et 550 au 27e. Depuis le 10 août, 12 846 hommes ont été mis hors de combat au 15e corps.
A Paris en guise d’« épitaphe » de ces malheureux, paraît un article incendiaire dans Le Matin contre ces « troupes de l’aimable Provence » accusées d’avoir « lâché pied devant l’ennemi » article dicté par Messimy le ministre de la guerre en personne au sénateur-journaliste Gervais. La légende noire du XVe corps venait de naître.
Vexations publiques, insultes, refus de soins aux blessés, renvois en première ligne avant guérison « pas de lâches à l’hôpital ! » seront leurs lots quotidiens. La stupeur sera à son comble quand on apprendra que plusieurs soldats du 15e Corps furent fusillés pour l’exemple pour abandon de poste par mutilation volontaire, sans instruction ni interrogatoire préalables.
Ils avaient quitté leurs oliviers pour les mirabelliers, leurs collines provençales pour les côtes lorraines, eux qui pour la plupart, n’étaient jamais sortis de leurs « bastides ».
[1] Un combattant allemand http://lodace.net/histoire/bataille/bataille.htm
[2] Journal de Marche et Opérations de la 30° division
[3] Un combattant français lodace.com/histoire/bataille.
[4] Un combattant du 141e RI de Marseille lodace.com/histoire/bataille.
[5] Un combattant français lodace.com/histoire/bataille.
19 juin 2006
Moncourt 14-15 aout 1914 et du 16 au 18
Moncourt 14-15 aout 1914
Le 14 août, à 4h, deux colonnes se forment, la 29e D.I. (111e, 112e, 3e et 141e RI) suit l’itinéraire Drouville puis Serres.
A 6h30, tout le 15e CA est rassemblé sur les hauteurs Serres-Valhey. Les restes du 58e avec Léon Labeaume , Gabriel Dao, Paul Raymon, du 40e et le 24e BCA de louis Carpentras sont en réserve.
A 8h30, la 30e D.I arrive à Serres. La 29e D.I parvient vers midi aux environs de Bures. Elle est arrêtée à la cote 279 entre Réchicourt et Bures aux environs de Coincourt. Les varois de la 29e Division comprennent que le baptême du feu est imminent. C'est dans les dernières heures de l’après midi à la frontière même entre Coincourt et Moncourt qu’ils vont le recevoir.
Le 3e RI avec Henri Martin à 11h30, reçoit l'ordre d'attaquer le bois du Haut de la Croix que la cavalerie de François a signalé comme fortement occupé par l'ennemi. Brusquement les premiers obus éclatent au-dessus de Coincourt révélant la présence d'une artillerie ennemie assez importante. Les chevaux des hussards sont affolés par les détonations.
Voici le passage ou Antoine(58°)le frère d'André décrit l'arrivée des troupes le 14 en début d'aprés midi:
"Quand le régiment eut défilé ( il parle du 3° RI dont fait parti Fernand, le troisième frère), nous aperçûmes dans la plaine, un spectacle grandiose et inoubliable. Des milliers et des milliers de soldats arrivaient de tous côtés en lignes de section et avançaient en s'éparpillant dans la plaine. La route qui nous apparaissait sinueuse et comme un ruban sans fin était occultée à perte de vue par un convoi interminable d'artillerie: c'était tout le XV° Corps qui arrivait. Afin! nous n'étions plus seuls !.... "
Le 3e RI, attaque sur un terrain défavorable, avec quelques meules de foin. Henri Martin avance par bonds. Les compagnies de tête débouchent du village et sont aussitôt violemment prises à partie par les salves de l'artillerie ennemie. L’assaut mené à découvert et les pantalons rouges des hommes en font des cibles idéales.
14h, l’ordre d’attaquer Moncourt arrive, le 112e fonce droit au but, il est encadré au sud par le 3e RI de Henri et au nord par le 111e de Louis, Paul et Léon qui s’y glisse par un vallon. Ils franchissent la frontière et atteignent le sud-ouest du bois.
A 15h, le 141e attaque vers le cimetière de Coincourt : fusils et mitrailleuses crépitent.
Lorsque les bataillons d'attaque, au prix de pertes sévères, pendant les 2 heures de l'approche et les 3 heures où ils sont restés sans broncher sous un bombardement des plus violents, parviennent à hauteur et au sud de Moncourt, aux rafales d'artillerie se joint un feu intense d'infanterie et de mitrailleuses. La progression devient de plus en plus lente et coûteuse. L'ennemi caché dans ses tranchées est invisible. Les hommes s’abritent derrière les arbres et dans les fossés qui longent le bois. Celui-ci devient la cible de l'artillerie allemande parce que notre infanterie y a pénétré en masse. C'est un enfer !
Les clairons de la 57e à 18h30 sonnent la charge. Louis, Paul et Léon subissent un feu nourri. Péniblement les premiers éléments du 2e bataillon du 111e atteignent la cote 284 qui domine Moncourt où ils sont criblés par notre artillerie dont le tir est trop court !
À 18h30 le 6e hussard se lance pour reconnaître le bois du Haut de la Croix.
Après deux tentatives infructueuses et sanglantes où Louis Lagier sera « tué à l’ennemi » et Paul bayle sera porté disparu, leurs camarades, pour déboucher du bois à l’ouest, franchissent les haies qui masquent les tranchées allemandes, s’élancent vers le village qui est enlevé en une demi-heure. Ils chassent les mitrailleurs bavarois qui se replient. On est sans nouvelles de Léon . Quand la nuit arrête le combat, les 3e et 141e RI mélangés sont parvenus à 500m environ du bois de Haut de la Croix. Mais l’ennemi s’enfuit et son artillerie se tait. Le soir, les biffins s'inquiètent, les régiments sont à court de munitions, ils comprennent que personne ne les ravitaillera. Les rares habitants de Moncourt jusque là cachés dans leurs caves, apportent quelques provisions.
La 29e D.I a subi de lourdes pertes sous le feu d'une grosse artillerie habilement défilée. Péniblement elle se reforme.
« Des fantassins ennemis, nul n'en vit en ce jour du 14, pas plus que d'artilleurs.
D'où partaient ces balles qui fauchaient nos rangs ?
Où s'étaient enfouies ces batteries dont les obus creusaient des entonnoirs de huit mètres de largeur et réduisaient en bouillie les malheureux qu'ils atteignaient ? Rien. On ne voyait rien » [1].
Des patrouilles vont à la recherche des nombreux blessés qui se croient abandonnés. Dans l’obscurité, on entend leurs gémissements.
Cette affaire coûte à la 29e D.I, une centaine de tués et plus de 2 200 blessés, le 3e RI et le 111e RI étant particulièrement atteints.
Le 15 août, la pluie commence à tomber et ne cessera pas de plusieurs jours. Léon, Gabriel, Paul et louis marchent à travers les blés où gisent des victimes du combat qui croyant à une retraite, supplient qu’on les emmène. Les infirmiers du 15e corps les rassemblent dans des replis de terrain, situés non loin des premières lignes, les premiers soins leur sont donnés.
A Coincourt, ils réquisitionnent des charrettes et de la paille pour transporter les blessés.. C’est le lendemain à l'ambulance n°2 de Coincourt que certains soldats décèdent des suites de leurs blessures.
La 29e D.I est relevée et arrive, sous une pluie torrentielle, à 2h du matin au bivouac à la Ferme Saint-Pancrace, entre Réchicourt et Bures dans la boue. Le 173e débarque à Jarville.
Le 16 août, la marche en avant de reprend vers le Bois du Haut de la Croix, puis Ommeray, direction Bourdonnay. Les hommes progressent par Mouacourt et Xures. Par suite d’une méprise les troupes du 112e RI qui marchent en avant se fusillent entre elles pendant un ¼ heure !
Les Bataillons de Chasseurs Alpins rattachés à la 29e DI, traversent la frontière, au nord de Lagarde, sur les talons d'un ennemi qui refuse le combat. C'est là que ceux que l’on appellera les diables bleus, louis carpentras et ses camarades, voient pour la première fois, les terribles traces des combats précédents du 11 août : village dévasté, premières ruines, premiers cadavres, et premières tombes.
La progression continue en Lorraine annexée, l'ennemi restant insaisissable sinon invisible.
Le 17 août, Les Provençaux exténués, se dirigent vers Bourdonnay. A 4h30, ils en repartent pour le château de Marimont. Le 111e R.I Léon Mondon cantonne à Gélucourt. La 30e Division avec le 58e RI de Léon Labeaume envoie ses avant-gardes sur la Seille face à Marsal.
Le 18 août, la marche est pénible, la pluie continue à tomber, le sol est détrempé, les fantassins s’enfoncent jusqu’aux chevilles dans la boue. Ils arrivent aux abords de Dieuze. Aucune action n’est prévue ce jour-là, les hommes se reposent, s’ils savaient ce qui les attend ! Des avant-gardes de la 29e sont à Zommange.
Extrait du carnet de route de Roux Joseph ( Sérignan du Comtat 84) éclaireur monté au 11e hussards détaché au 61e régiment d’infanterie:
"14 août
Départ de Courbesseau le matin. Grand rassemblement de troupes et direction sur la frontière. Le soir couché dans les avoines.
15 août
En avant toujours et reçu le baptême du feu par l’artillerie ennemie, le soir arrivé avec la pluie par de mauvais chemin à Moncourt au-delà de la frontière.
16 aout
Départ de Moncourt en patrouille sur le champ de bataille de la veille, visite du Bois de Lacroix y rencontre M. Roussiére et L. Paillon du 58e. Le soir pluie et prise de ferme de Marimont. Assaut à la baïonnette ?
17 août
Alerte à 3 reprises. Contre attaque repoussé et départ de la ferme à travers champs dans les avoines et les blé. A l’aube en avant par Donnelay Juvelize et arrivé à Blanche Eglise. Couché sous la pluie dans les blés tout mouillés sous un arbre.
18 août
Resté dans les champs le soir cantonné à Juvelize".
Carnet de Émile Rocca, du 24 ° bataillon de Chasseurs Alpins de Villefranche.
« On va attaquer, c’est sûr l’adjudant nous l’a dit et on entend le canon…on va devoir y aller ! On avance vers Morhange, Benestroff, Dieuze.
Ça canarde de partout obus, balles des mitrailleuses et déjà des collègues sont tombés ; le sergent brame comme un veau juste à côté de moi et il faut monter la colline d’où les Boches sont en ce moment pour les enlever.»
[1] La Dépêche, 20 juin 1915, « La véridique histoire du XVe corps ».
04 juin 2006
Lagarde du 10 au 13 août 1914
Lagarde 10-11 août 1914
Le 10 août, le 40eRI, le 58e RI et le 19e RA avec Auguste Lettilleul cantonnent dans la région de Xures.
Les Allemands occupent le village de Lagarde à quelques kilomètres de là. À part quelques rares coups de fusils entre éclaireurs, le secteur est calme. Les consignes de Castelnau, commandant le 15e CA sont d'éviter tout accrochage tant que la concentration n’est pas terminée. Plusieurs patrouilles sont envoyées pour connaître le dispositif ennemi : « L'ennemi occupe le village de La Garde ainsi que la Cote 283 qu'il a organisée défensivement. On aperçoit une tranchée sur le versant ouest de la côte 283. Le fond du ravin qui sépare cette position du mamelon est de Xures présente des éléments de haies, près desquels sont creusés quelques trous de tirailleurs. La route de La Garde à Ommeray est également occupée par de l'infanterie à laquelle se sont adjoints des Hussards et des Chevaux Légers. L'effectif de l'infanterie ne peut pas être fixé d'une façon certaine, le développement des ouvrages permet de supposer qu'il peut être de deux compagnies, L'effectif des cavaliers est incertain, Il n'a pas été aperçu d'artillerie »
village de Lagarde (coll. Bourgeois-Martelli Monique)
Le commandant du groupe envisage alors de prendre le village de Lagarde. L'assaut aura lieu à 19h15.
À 11h, le 2e bataillon du 40e R.I se déplace vers Parroy et doit attaquer dans la forêt avec Paul Raymond et Gabriel Dao.
À 15h le 3e bataillon du 58e R.I fonce sur Xures, avec comme objectif d'occuper la cote 283 dominant Lagarde avec Louis Ribaud, Léon Labeaume, Daniel Arnaud, Henri Bonnet et Henri Goubrin.
À 16h30, les batteries du 19e RA en position de tir au nord-ouest de Xures, pilonnent le village dont on aperçoit le clocher et la cote 283 au nord-ouest où se trouvent des tranchées ennemies.
À 19h15, comme prévu, le feu cesse. L'infanterie attaque, enlève sans peine la cote 283 qui semble avoir été évacué et entre dans le village à 21h. Selon toutes apparences les Allemands se sont repliés en hâte. Côté français, aucune perte n'est à déplorer. La manœuvre a réussi. Le commandant informe qu'il a enlevé Lagarde à la baïonnette ! Cette relation provoque une réaction violente, visiblement son initiative n'a pas été appréciée.
avec l'aimable autorisation de Mistre Maurice (dessin) et 0livier Gaget
À 23h, le 40e et le 58e s’organisent pour défendre le village. La nuit est tranquille. Dès le jour, le café pris, les travaux de défense sont poursuivis.
(coll Bourgeois-Martelli Monique)
Le 11 août, vers 8h30, un fort détachement ennemi s'avance par le nord-est. Croyant n'avoir affaire qu'à quelques éclaireurs ennemis, la mise en batterie tarde. Aussitôt les premiers obus français tirés, deux batteries du 19e RA sont prises sous le feu d'une artillerie allemande très supérieure en nombre.
Vers 10h, les Bavarois traversent le bois et surgissent à quelques deux cents mètres des canons de 75. les artilleurs français se font tuer sur place défendant héroïquement leurs pièces. Des canonniers du 19e RA sont les premières victimes du conflit.
Antoine Martin-Laval médecin auxiliaire au 1er bataillon du 58è rencontre le (14/08/14) son frére Fernand qui lui est au 3è RI et qui lui demande ce qu'ils ont foutu à Lagarde?
"Indigné, je lui raconte en quelques mots l'histoire de " Lagarde" où nous avions héroïquement, seuls et sans soutien, perdu un bataillon, nous n'avons en effet personne devant pour nous protéger, personne derrière pour nous renforcer; et ce ne fut que vers la fin du combat, qu'une batterie de 75 (19 RAC avec Letilleul Auguste ) vint se mettre en position et fit du bon travail. Malheureusement, tout le personnel de la batterie fut tué par les allemands qui n'étaient plus qu'à une centaine de mètres des piéces : ce que voyant, le seul survivant de la batterie, un maréchal des logis, fit sauter piéces et caissons et se fit sauter lui même avec le dernier caisson. Et dire qu'avec cela, on osait nous traiter de lâches!...."
Dans le village, la situation n'est guère meilleure, la position est intenable. Le 40e et le 58e se défendent bravement. Sous un terrible bombardement et sous les rafales de mitrailleuses. Les deux bataillons sont exterminés, Louis Ribaud, Daniel Arnaud, Henri Bonnet et Henri Goubrin, tombent. Ils sont les premiers « morts pour la France » Vauclusiens
Léon Labeaume plus heureux s’en tire laissant ses premiers copains sur le sol de Lorraine « libérée ».
A 10h30, l'enveloppement est inévitable. L'ordre de repli est donné. « Ordre du Général, retrait sur Parroy, au pas, quoi qu'il arrive, il y a assez de pagaille comme ça ». Jusqu’à 14h c’est un repli sanglant. « La route est couverte de soldats débandés et de voitures d’infanterie qui fuient. » Les restes des régiments avec Léon Labeaume reviennent à Serres vers 17h.
Le bilan de cette attaque insensée est de 480 tués dont 259 au 58e, 690 blessés, 928 disparus, 42 officiers et sous officiers hors de combat et 2 batteries d’artillerie perdues alors qu’il fallait éviter les engagements inutiles et que la conquête de Lagarde ne revêtait aucun intérêt stratégique.
On commence déjà à douter de la vaillance des Provençaux : Un lieutenant du 20e C.A déclare:
« Je parle ici au nom du Général Commandant la Division de Cavalerie et déclare que le régiment n'a pas fait ce qu'il devait faire, qu'il a manqué au devoir militaire en ne tenant pas sur ses positions. Que le temps des discours d'Avignon (sic) était terminé et que la seule façon de laver la faute était de se sacrifier ici, que les Provençaux avaient prouvé ce qu'ils étaient ». Réflexion lourde de conséquences qui aura des répercussions plus tard.
Pendant ce temps, le 111e RI cantonne à Ceintrey et les Toulonnais du 112e R.I à Rosières. Le 3e RI est à Drouville et les Marseillais du 141e RI aux avant-postes à Haraucourt.
Le 12 août, le 111e R.I avec Louis Lagier, Paul Bayle et Léon Mondon intègre la 57e Brigade d’Infanterie à Saffais avec le 112e R.I. Le 23e BCA s'embarque à Nice pour rejoindre le 27e BCA qui vient d’arriver en Lorraine. Lors de reconnaissances, les éclaireurs signalent l’ennemi entre Rechicourt la petite et Coincourt, les artilleurs du 55° RA après une premiere alerte, entendent les bruits de l’affaire malheureuse de Lagarde passer dans les batteries, ils apprennent que les camarades du 19° RA ont subi leurs premieres pertes.
Le 13 août, dans la nuit, à Haraucourt, Castelnau, commandant la IIe Armée suivant le plan XVII, donne l’ordre pour le lendemain d’attaquer et d’envahir la Lorraine annexée.
Les objectifs sont fixés : Moncourt pour la 57e B.I (111e et 112e) et le Bois du Haut de la Croix occupé par les Bavarois pour la 58e (3e et 141e).
Le village est entouré de collines boisées favorisant la défense, garnies de réseaux de fils barbelés et de chevaux de frise, des batteries d’artillerie lourde y sont installées.
(coll. Bourgeois-Martelli Monique)
03 juin 2006
La mobilisation 2 au 9 août 1914
La mobilisation 2 au 9 août 1914
Le dimanche 2 août 1914, l’ordre de mobilisation est affiché dans toutes les mairies de France. Le garde-champêtre, au son de son cornet ou aux roulements de son tambour l’annonce gravement, dans les communes vauclusiennes.
À Faucon, Auguste Lettilleul 19 e RAC, à Mondragon, Gabriel Dao 40 e RI, à Vaison, Louis Ribaud (25 ans), Henri Martin 3e RI (26 ans), Léon Labeaume 58 e RI (24 ans), Paul Raymond 40 e RI (24 ans), Louis Lagier 111e RI (25 ans) et Léon Mondon 111 e RI (24 ans) découvrent l’affiche sur le mur de la mairie.
À St Romain, Daniel Arnaud 58 e RI (25 ans), Henri Bonnet 58 e RI (33 ans) et Louis Carpentras 24 e BCA (26 ans), à Buisson Coullet Louis 112 e RI (20 ans) à Cairanne Armand Paul louis 3 e RI, Autard Eugéne Henri 141 e RI sont concernés comme tant d’autres. A Antrechaux, Bayle Paul 111 e RI (26 ans) et Goubrin Henri 58 e relisent l’affiche sur le panneau grillagé de la mairie.
Ils vont abandonner leurs travaux en cours, leur famille et leur village pour ce que nous savons être la plus grande boucherie du XXe siècle.
« La mobilisation n’est pas la guerre !» Mais elle n’en est pas loin.
À cette époque, le recrutement des régiments est régional.
Le 15e Corps d’Armée de la XVe région militaire se compose de soldats de 20 à 33 ans, venant des Alpes-Maritimes, d’Ardèche, des Basses-Alpes, des Bouches du Rhône, de Corse, du Gard, du Var et du Vaucluse.
Les vauclusiens, pour la plupart des paysans (36% des tués de 14/18 le sont) sont incorporés en majorité aux 58e Régiment d’Infanterie d’Avignon, 111e RI d’Antibes et 27e Bataillon de Chasseurs Alpins de Menton, une autre partie se trouve dans l’artillerie 55° RA (Camaret, Jonquiéres et Courthézon) ou encore dans la coloniale.
Caserne du 58eRI à Avignon (Chabran)
Certains sont déjà dans l’armée lorsque le conflit éclate, ils ont entre 20 et 23 ans. A Avignon, au 58e RI, à Nîmes au 40e RI et 19e Régiment d’Artillerie, à Aix et Pont saint Esprit au 55e R.I, au 6e Régiment de Hussards et au 141e RI à Marseille, tous accélèrent les préparatifs. Le 11 e Hussard est à Tarascon que va rejoindre Roux Joseph de Sérignan dont j’ai le carnet de guerre.
Il y a aussi le 7e génie dont les compagnies seront réparties au sein du 15 corps
Caserne du 7e génie à Avignon
Le 23e BCA est à Grasse. Louis Carpentras rejoint le 24e BCA à Villefranche, qui revient de dures manœuvres, il se prépare avec les autres mobilisés des trois dernières classes.
A Ajaccio le 173e RI se prépare à embarquer pour Marseille.
L'instituteur de Sablet , Monsieur Roux, a écrit ses impressions sur la guerre. En date du 3 août on peut lire :
" La surprise est générale lorsqu'on apprend que le train de 6h36, venant d'Orange, n'a apporté aucune lettre, aucun journal. A 7h partent environ 135 mobilisés ...
Tous les mobilisé sont calmes, confiants et paraissent décidés à faire leur devoir. L'un d'eux, Kastor Gabriel, cultivateur agé de 24 ans, dont les aïeux sont originaires de Pologne, montre gravé dans l'intérieur du boîtier de sa montre, ces mots: " La Victoire ou la mort" "
Le 4 août, munis de leur feuille de route rose, certains rejoignent à Marseille le 141e RI. Louis Lagier et Léon Mondon regagnent le 111e RI, le même jour, au fort carré d’Antibes, casernement de mobilisation.
Certains vont au 112e RI à la caserne Grignan à Toulon. Henri Martin revient au 3e RI d’Hyères, Gabriel Kastor et ses camarades de Sablet arrivent dans leurs garnisons respectives indiquées sur la feuille de route et rencontrent, d’anciens camarades. Ils vont bientôt quitter leur belle Provence et leurs oliviers pour les charmes et les frênes mosellans. D’autre Vauclusiens arrivent à Menton où se trouve le 27e BCA.
Le 5 août, l'Etat-major, le 1er bataillon et la C.H.R. du 58e d'active ont quitté leur garnison d'Avignon à 17h 25, drapeau et musique en tête et se sont embarqués à la gare du Pont d'Avignon le même jour à 20h 54 avec les batteries du 19e RAC de Nîmes arrivées peu avant.
Voici les impressions de Antoine Martin-Laval médecin auxiliaire au 1e bataillon du 58e :
" après avoir parcouru la rue Thiers, la rue des Marchands, la rue St Agricol, la rue Joseph Vernet, on traverse le pont d'Avignon, et tous nous jettons un dernier regard à Notre Dame des Doms, la suppliant de nous donner la Victoire prochaine et de nous conserver indemnes jusqu'à notre retour. Chacun sait bien que la plupart d'entre nous ne reviendront pas, mais chacun aussi, conserve au fond de son coeur, l'espoir qu'il reviendra"
Le départ : le 5 août à 17h30 le 58e RI quitte la caserne Chabran pour le front.
Contrairement aux clichés enthousiastes « tous à Berlin ! », la population est anxieuse.
Le Sous-préfet de Toulon écrit au Préfet de Draguignan : « les tentatives de mutilations et les suicides se multiplient de façon inquiétante jusqu'à un par jour... »
Le 6 août, le 6e Hussards avec ses chevaux, quittent Marseille en train, d’autres partent d’Hyères, transportant Henri Martin et ces copains pour rejoindre le 15e corps d’Armée sur le front de l’Est, au sud de Nancy. Gabriel Dao, Paul Raymon embarquent à Nîmes et Louis Ribaud, Léon Labeaume, Daniel Arnaud, Henri Bonnet et Henri Goubrin embarquent eux aussi à Avignon.
Le 7 août, les premiers débarquent à Diarville, le 19e RA et les Vauclusiens du 58e RI arrivent à Juvelise. Les 112e et 141e RI quittent leur garnison pour l’Est.
Le 8 août, dans la nuit, le 112e RI découvre la Lorraine. Le 141e RI suit les premiers arrivés à Diarville.
Le 9 août, le 112e RI rejoint Tantonville, intègre la 29e Division d’Infanterie composée des 57e et 58e Brigades avec les 3e RI de Hyères et 141e RI de Marseille. Le Quartier Général de la 29e DI est à St Nicolas, celui de la 30e DI (19e RA, 40e RI de Nîmes et 58e RI) à Dombasle. Le 111e RI part d'Antibes, pour compléter la 57e Brigade d’Infanterie du 15e corps. Louis Carpentras et son 24e BCA arrivent à Saint Nicolas du Port.





















